Mes premiers souvenirs musicaux doivent tourner aux alentours
des années 1960. Sur la radio à lampes de mes parents on "matraquait"
Édith Piaf et son "Milord", Bourvil et sa "Salade de fruits". Dans mes souvenirs chaque
chanson est liée à des images précises de mon passé, à l'instar
des films historiques illustrés par de la musique "d'époque".
C'est pour moi très émouvant, voire obsédant... Est-ce normal
docteur ?..
Plus tard il y eut Sacha Distel, les "grands" de l'époque venant
quémander à mon père qui était électricien du fil électrique pour
réaliser les indispensables scoubidous, oubliant que les dits
fils avaient du cuivre à l'intérieur et que c'était très difficile
à enlever... Un pique-nique au bord d'un canal par un beau dimanche
resurgit dans mes souvenirs au son de "Hello le soleil brille"
chanté par Annie Cordy. Les petites voisines et leurs hulla hop,
ma cousine rabâchant inlassablement "si t'as été à Tahiti t'as pas pu y aller en bateau" reliaient constamment mon quotidien à la chanson populaire. Ces
musiques, même les plus indigentes sont pour moi aujourd'hui porteuses
d'une émotion profonde.
Dans ces temps lointains "Le clair de lune à Maubeuge" se disputait la vedette avec l'éclipse solaire "du siècle" tandis
que sur le tout nouvel électrophone familial Montand flânait inlassablement
sur les grands boulevards. Que dire de l'impact sur mes "souvenirs-souvenirs"
d'un nouveau chanteur soulevant une réprobation unanime de la
part des adultes : Johnny Hallyday ? On parle sous les préaux de Billy Bridge, tandis qu'un instituteur
efface rageusement les derniers "OAS" peints sur les platanes
de l'école. - Je t'assure, me dit Guy, je l'ai bien vu sur scène
au "Cyrano", Johnny joue avec une guitare en or, et nous tous
oscillant entre l'incrédulité et l'admiration...
La mode était aux cagoules : outre les sinistres activistes de
l'Algérie française celles
des Pénitents de Danny Boy et du catcheur "le Bourreau de Béthune"
défrayaient la chronique. Mes dernières récrés à l'école primaire
furent rythmées par Sheila annonant "l'école est finie". Un jour
j'ai acheté au détriment de mes économies mes deux premiers 45
tours : "Johnny à Nashville" et "Viens danser le twist". Je n'appréciais
guère Johnny (cela n'a pas changé depuis) ce qui me plaisait c'est
que cette musique "chauffait" et puis, c'était "l'idole des jeunes"
!
Je revois sur l'unique chaîne de télé Jacqueline Caurat annonçant
"un concert de nos amis les Animals, dont la musique reste cependant
réservée à des spécialistes et risque de déranger certains téléspectateurs".
Je vis pour la première fois un vrai groupe mais à l'époque je
n'étais pas encore "prêt" pour apprécier du véritable rythm and
blues. À la fin du concert Éric Burdon eut une syncope ce qui à dû "indisposer" quelques millions de téléspectateurs
de plus (une seule chaîne).
Jean Nocher, le chantre de la propagande radiophonique gaullienne après avoir
fustigé "les voyous de la Nation (1)" parla un jour lors de son
cours de morale radiophonique d'un quatuor musical anglais scandaleux
aux cheveux longs et générant une indécente et grotesque hystérie
collective de la part des jeunes anglaises : les Beatles
Le choc de la pop
Ma petite voisine m'initie (faute de mieux) à l'émission "Salut les copains" qui, à 16 h 30 sur Europe I, m'offrit une agréable alternative
aux devoirs scolaires durant les années qui suivirent. Dans un
premier temps je récupère le vieux poste de radio familial remplacé
par un moderne et convoité transistor : pour moi c'est là que
tout à vraiment commencé. Les souvenirs auditifs de cette époque
guident souvent mes recherches, notamment de EP. C'était le règne
des yéyés : Johnny, Sylvie, Sheila, Monty. Le rock anglo saxon,
bien que systématiquement pillé était quasi-invisible. SLC c'était
des "jingles" somptueux : " SLC yéyéyéyé SLC ! Le coooin du spééécialiste
! " Cette rubrique avait pour but de dévoiler les "originaux"
des tubes massacrés par nos "gibiers de 45 tours" (dixit JC Averty) et là quel choc ! Quel son ! À dose homéopathique
les Beatles, plus tard les Stones, quasi underground sur les médias
: là je prenais mon pied ! Petit à petit je devenais friand de
sons de plus en plus délirants. C'était l'époque des premières
"fuzz boxes", géniales distorsions des intros ("Satisfaction", "Gimme some lovin") tout était nouveau, chaque nouveau disque des grands groupes
inventait quelque chose, créait un nouveau style dont on s'inspire
encore. Malgré un prix "prohibitif" (9 nouveaux francs le 45 tours
EP) le seul moyen de se régaler de pop naissante était le vinyle.
Pas d'émission rock, rien à la télé et à la radio. Progressivement
sur SLC on entend cependant Otis Redding, les Beatles mais uniquement
les grands succès.
Nouvelle étape : je récupère le tourne-disques qui était au premier
et l'installe dans ma chambre près du vieux "Thomson" à lampes
sur la grande table qui devait "théoriquement" me servir à faire
mes devoirs. Les deux EP Johnny sont complètement ignorés. Antoine vient de déclasser définitivement Johnny dans mon hit-parade
personnel avec ses élucubrations et son look beatnik.
Un jour de folie je rassemble neuf francs, je me rend à pied
dans un grand magasin et je fais l'acquisition de "Ha ha said
the clown" de Manfred Man. puis ce f
urent les Beatles bien sûr, les Stones, Hendrix, les Beach Boys...
seulement des 45 tours. Déjà les EP disparaissent et commencent
à être remplacés par des singles (Good vibrations, Have you seen
your mother) à 7 nouveaux francs la pièce tout de même !
Mon souci était les cheveux longs. Comment expliquer ce phénomène ? Un jeune les cheveux dans le
cou faisait se retourner les passants dans la rue. Nous avions
tous la coupe GI, les coupes dites au rasoir n'existaient pas.
La moindre mèche de cheveux rebelle était considérée comme une
provocation par les adultes, elle était la marque visible qu'ils
n'arrivaient pas à "tenir" leur progéniture et était à ce titre
intolérable. J'en ai longtemps voulu à mes parents de m'avoir
empêché d'avoir les cheveux "vraiment" longs et pourtant cela
ne m'allait vraiment pas (Serge, t'as les cheveux comme des poils
de c.. !) En fait, comme maintenant, parents et enfants s'affrontent
pour se conformer à des conventions mais à l'époque je pense que
ce phénomène était vraiment nouveau. Pour exemple les vinyles
autrefois n'intéressaient que les adultes alors que les jeunes
les trustent et imposent leurs vedettes qui écrasent Brel, Brassens,
Aznavour. Les chansonniers du " Grenier de Montmartre " ont beau
chanter "on entend maintenant une pucelle de treize ans nous chanter
les tourments de l'amour..." le baby boom s'impose musicalement
en attendant de tenter de faire la révolution. Jean Nocher n'en
finit pas de s'indigner sur la Beatlemania, sur les pots de yaourts contenant l'haleine des Beatles, les
morceaux de draps achetés comme des reliques, les cinq Stones
louant CINQ ROLLS pour leur concert parisien ! Un autre moyen
d'écouter de la pop c'est le juke-box. Celui de l'Odéon (2) contient des morceaux très intéressants : Kinks, Hendrix,
Beach Boys... Puis ce fut l'émission "le Pop club" sur France-Inter
sur laquelle entre beaucoup de bla-bla on pouvait entendre Black
Sabbath, les Who... et surtout l'éphémère mais pionnière émission
TV "Bouton rouge". Une fois par semaine une heure de pop sur la
TV. Premières émissions : lives des Moody blues, Procol Harum,
Cream, Julie "Jools" Driscoll !
Un jour de débauche financière j'achète environ 20 nouveaux francs
mon premier LP une compil intulée "Psychedelic" avec une pochette
effectivement délirante dans laquelle on présente notamment un
duo américain "prometteur " Simon et Garfunkel...
Mai 68 arrive (3) le folk déjà présent avec la guerre du Vietnam
cohabite avec la chanson française engagée. Plus tard la seule
boîte de ma ville "le Galion", vieille péniche " transformée " en un galion kitsch, amarrée
près du centre ville et dont les flancs vibraient des sons sauvages
distillés par un disquaire psychédélique. On y entendait Led Zep,
James Brown, Stones, Chicago, Eddie Floyd, Sam and Dave, Creedence
Clearwater revival, surprenant car ces morceaux n'étaient pas
forcément dansants, le disco allait bientôt hélas être inventé.
Moi et quelques copains passions beaucoup de temps au fond de
cette cale bruyante et enfumée (bonjour les normes de sécurité
!)
Autre nouveau moyen d'écouter de la pop : le cinéma. Quelques
films d'avant garde proposent de courtes séquences pop : Blow-up
(Yardbirds), Zabriskie point (Grateful Dead...), More (Pink Floyd)
puis quelques documentaires pop purent être visionnés d'abord
"Monterey Pop" et surtout "Woodstock" qui marque pour moi l'apogée de la pop avec Hendrix, les Who,
Janis Joplin au sommet de leur art. Dans les années post 68 se
développent le celtique (Alan Stivell, l'occitan (Marti). J'achète
de temps en temps quelques 33 tours : Janis Joplin, Doors, Jefferson
Airplane, Jeff Beck, John Mayall...
Plus tard ce fut l'armée où je constate que le "combat" des cheveux
longs perdure. Bien que j'arrive avec les cheveux courts une «
crevure d'engagé » m'entaille l'oreille avec ses ciseaux tant
il s'excite sur mon crâne. Dans "ce monde terrible(4)" et après
les décès en cascade de stars pop, "ex fan des sixties" la pop commence à sortir de mes préoccupations. Après l'armée,
je me marie, ma vie de famille m'occupe à plein temps. De ci de
là j'achète quelques disques (Ange, Malicorne, Stivell). Et puis
un jour la fabrication des vinyles s'arrête, remplacée par les
CD. Ce support ne me plaît guère : plus de grandes pochettes souvent
décorées de façon somptueuse. Un temps j'enregistre des CD de
location sur une platine cassettes . Les nouvelles vedettes pop
me plaisent moins. Leur musique me paraît récupérée, elle à droit
de cité dans tous les médias, est honorée, banaliséee. Elle n'a
plus d'attrait pour moi et je m'en désintéresse.
Retrouvailles avec le vinyl
De nouvelles années passent, la vie continue, et un jour je ne
sais comment j'entre dans un dépôt-vente. Je découvre avec surprise un vaste rayon couvert de vieux vinyles
et achète une réédition "Tom Jones" avec des hits des années 60.
Je réalise qu'à peu de frais je pourrais me constituer une discothèque
et je commence à faire les "trocantes" et à engranger des disques.
Dans un premier temps j'accumule des disques des années 75-85
les plus faciles à trouver. Dans l'euphorie de mes retrouvailles
avec le vinyl je ne suis pas, pour l'instant, trop difficile.
Petit à petit mes recherches se tournent vers les vide-greniers et brocantes hebdomadaires. Mon plus grand plaisir était et reste
après l'achat d'un vieux 45 tours yéyé d'écouter un de ces morceaux
qui me faisaient rêver il y a maintenant près de quarante ans
et que je n'ai pas entendu depuis. Certaines chanteuses comme
France Gall, Annie Philippe, Jacqueline Taïeb, Marianne Faithfull
(qui édita quelques disques en français)
meublaient mes premiers fantasmes d'ado... pour des raisons différentes
j'appréciais Ronnie Bird, Noël Deschamps, Éric Charden. Au-delà
de mes propres souvenirs audio j'ai appris à apprécier aussi les
vieux disques des années 1950, même si j'étais trop petit durant
ces époques j'ai découvert progressivement tout un florilège d'artistes
oubliés qui m'ont fait assimiler mes recherches dans les brocantes
à de l'archéologie sonore. Je fouille dans les couches de vieilleries et mes découvertes,
que je dois restaurer parfois, me font remonter dans l'histoire
de la musique populaire. Des morceaux de musique que je dédaignais
autrefois au nom du conflit des générations (Dalida, Aznavour...)
d'une sorte de snobisme qui veut que l'on méprise tout ce qui
est " commercial " m'intéressent aujourd'hui. J'ai donc appris
(sur le tard) à respecter toute musique ne serait-ce que parce
qu'elle a fait rêver de nombreuses personnes. Les inscriptions
naïves retrouvées sur les pochettes sont souvent très touchantes.
Progressivement, quarante ans après, les disques que je ne pouvais
pas me payer garnissent mes bibliothèques... (5)
Disques de collection ou disques pour écouter ?
Comme tout vinylmaniaque les disques que je préfère sont des originaux. Prenons un album
d'un chanteur, groupe : en cas de succès des rééditions sont éditées
qui sont dépréciées par rapport à l'original. Les chansons contenues
dans ce disque peuvent être rassemblées dans un florilège édité
par le même éditeur, et/ou par une firme ayant acheté les droits
à peu de frais, généralement lorsque les chansons tombent dans
l'oubli. De la même façon on peut retrouver certaines de ces chansons
réunies dans une compilation de différents artistes. Toutes ces
déclinaisons minorent la valeur pour un collectionneur mais ont
tout de même un intérêt : elles permettent d'écouter des enregistrements
parfois rares pour un prix plus que modique. Ma collection est
donc composée de deux grandes catégories de disques : les originaux et les disques "pour écouter". J'apprécie une réédition dans la mesure où la pochette est identique
à l'original et qu'elle est de très bonne qualité. Il existe aussi,
pour les disques mythiques de vraies copies conformes, avec les
mêmes références et véritables pièges pour les acheteurs qui "paient
le prix" ce qui heureusement est loin d'être mon cas.
Le rituel de l'estimation du prix des disques
Comme tous les objets anciens la valeur des disques est très difficile
à définir. D'abord quel sens donner au terme valeur ? L'argent n'est pour moi qu'un indicateur m'indiquant la rareté.
Je n'achète généralement qu'à bas prix, si je le souhaitais je
pourrais auprès de marchands spécialisés m'acheter des pièces
prestigieuses mais où serait le plaisir ? Souvent pour deux euros
je tombe sur un original de Janis Joplin, des Doors, émotion...
Pour un faible investissement je peux me payer des heures de remontée
dans le temps. Arrivé chez moi je vérifie les références des disques
supposés rares. Vu les prix que je paie de toutes façons, même
si le disque a peu de valeur je ne suis jamais perdant. Les rares
fois où je paie plus cher je suis en plus obligé de comparer avant
mon achat avec les cotations ce qui est fastidieux. Il y a la valeur "officielle" telle qu'elle se pratique dans les conventions de disques, chez
les marchands spécialisés et sur les sites vendant des disques
sur le web et la valeur "débrouille" dont profitent de nombreux amateurs, dont votre serviteur ainsi
bien sûr que les professionnels lorsqu'ils sont acheteurs sur
les vide greniers. Dans ce cas la "cote" varie entre 1 et 5 euros
!
Pour en revenir à l'estimation, une fois le prix à l'état neuf
défini, le plus dur reste à faire : estimer le pourcentage de "vétusté" qui va diminuer le-dit prix. J'ai remarqué que certains marchands
professionnels examinent attentivement le disque et définissent
UNIQUEMENT leur prix sur l'aspect visuel. J'ai pourtant acheté
certains disques à l'aspect immaculé et qui émettent des craquement
à l'audition et à l'inverse d'autres pourvus de rayures et qui
s'avèrent très satisfaisants au niveau du son. Le type de musique
joue aussi : la musique "hard" passera mieux alors que le "planant",
"progressif" est évidemment plus vulnérable... De plus, il paraît
illusoire d'imaginer un disque des années 60 coté "Mint" (neuf)
-: la pochette a nécessairement jauni, le son est altéré vu les
rustiques pointes de lecture antérieures aux chaînes hi-fi dites
"charrues". L'arrivée tardive et progressive le la pointe avec force d'appui réglable seule a pu limiter les dégâts et faire que certains disques des
années soixante-dix soient ou approchent l'état "Mint". Le disque
a toujours été un produit cher et le-cadeau-qui-n'a-jamais- été-écouté
ou le-reste-du-magasin-qui-a-fait-faillite sont de l'ordre du
fantasme surtout lorsqu'il s'agit d'artistes "yéyés" au tirage
ultra-confidentiel !
Pour résumer, j'estime donc la vétusté des disques essentiellement
en fonction de la qualité sonore, l'état de la pochette et du
disque sont également pris en compte mais de façon secondaire.
Le plaisir de chiner
La brocante c'est tout un univers pittoresque, un véritable phénomène
de société. Les manifestations ouvertes aux particuliers sont
de plus en plus nombreuses malgré les pressions des brocanteurs
et antiquaires professionnels. Espace de convivialité où les bons et
mauvais côtés de l'Homme de dévoilent. À peine arrivé, le collectionneur
ressent une excitation qui ne le quittera que lorsqu'il aura fait
le tour de tous les stands. Certains, souvent des antiquaires
(ceux qui critiquent les vide-greniers), sont là dès le matin,
les marchands n'ont même pas le temps de vider leur voiture que
déjà des pièces partent. Ce côté rapace n'est pas très attrayant
mais n'est qu'un aspect de la brocante. Le simple promeneur peut
se régaler en observant les dialogues/marchandages savoureux, s'étonner de la multiplicité des objets vendus. Le collectionneur
"civilisé" peut dialoguer avec certains de ses semblables, nos
histoires peuvent se comparer à celles des pêcheurs, chacun à
des pièces rarissimes qu'il a payé 1 petit euro... La réalité
est que depuis cinq ans, les pièces les plus prestigieuses que
j'ai pu acheter n'excèdent pas 300 francs mais j'en possède quand
même une bonne quantité... [Nota. Nous étions en 2002... depuis, j'ai déniché pas mal de
pièces ayant une cotation beaucoup plus élevée... ] On est amené également à cotoyer quelques "malades" l'air fiévreux
qui vous bousculent presque lorsque vous fouillez trop longuement
dans un bac plein de disques et qui piaffent derrière vous. J'espère
que je ne deviendrais jamais comme eux...
Quatre types de marchands pour les vinyles :
1.- Le particulier : c'est de loin le plus intéressant. Il veut
se débarrasser de ses vieilleries : un ensemble hétéroclite objets
cassés, antiquités, livres, disques... Il n'a qu'une idée qu'approximative
de ce qu'il vend. Il va soit vous demander très cher pour des
choses inintéressantes, soit carrément donner des pièces rares
(dans ce cas-là c'est le pied !)
2. - Le particulier semi-pro : en général il vend des livres,
disques, antiquités mais sélectionnés en fonction de la demande,
les prix sont plus élevés mais cependant en général moins élevés
que chez les spécialistes en magasin, les disques en meilleur
état et parfois très intéressants.
3. - Le collectionneur " Dealer " : il prend son pied en trouvant
des disques et en revend tout en approvisionnant éventuellement
sa collection. Pour ma part je ne me vois pas vendant un disque
rare ! Les prix sont généralement élevés, mais parfois, lorsqu'ils
sont spécialisés rock par exemple, ils vont solder des disques
d'autres genres musicaux pourtant très rares mais qu'ils dédaignent.
4. - Le professionnel : il vend des disques sur les foires et
marchés ; l'écart de prix est généralement faible avec les magasins
d'occase-disques chez lesquels on peut revenir pour réclamer...
Que trouve-t-on le plus fréquemment ?
De tout, énormément de choses sans intérêt mais sur la quantité
il y a toujours quelque chose qui vaut le déplacement. Les meilleurs
plans sont la variété, le jazz. Les disques de pop sixties sont
rares, souvent chers mais on en trouve aussi. Souvent les disques
de Johnny Hallyday, Mylène Farmer, Elvis Presley, sont généralement
chers, pourtant certains d'entre eux sont très communs.
Les foires aux disques
Les foires aux disques peuvent être intéressantes pour plusieurs
raisons. D'abord on peut admirer des pièces somptueuses, le choix
est immense mais les prix sont très élevés. La concurrence entre
tous ces marchands côte à côte, le fait que tous ne sont pas professionnels,
l'art du marchandage, permettent pourtant toujours de faire une bonne affaire mais,
c'est sûr, on dépense plus que sur les vides-greniers... Là aussi
on peut discuter avec d'autres collectionneurs, de plus en comparant
les prix affichés des disques que l'on possède on peut affiner
ses estimations et réaliser avec vanité que " j'ai acheté le même pour rien". Les disques ont aussi leurs " consommables " étuis plastiques,
sachets intérieurs en papier, produit nettoyants, antistatiques
qui fleurent bon l'arnaque... Pour résumer, deux ou trois fois
par an c'est bien suffisant.
Ma page perso : un besoin de convivialité...
Depuis début 2003 je me suis lancé dans "l'aventure" de la création
d'une page perso. La première version était conçue en deux parties
d'égale importance. Une consacrée aux disques, l'autre en espace
de libre expression. Rapidement j'ai relégué la libre expression
en annexe et orienté le site vers la collection de vinyles. Malgré
de nombreuses lacunes techniques, petit à petit j'ai abouti à
la version actuelle du site que je fais évoluer constamment. Mon
hobby prit alors une nouvelle dimension interactive qui devint
rapidement "duale". Je veux dire que créer et surtout faire vivre
un site web amateur est en fait un nouveau loisir qui même s'il
interfère avec le disque vinyle est différent. Le souci constant
est l'audience que l'on vérifie constamment avec des sites spécialisés
: gloriole ? besoin de communication ? de création ? de reconnaissance
? Esprit de compétition ? Altruisme ? Sans un doute un savant
mixage de toutes ces motivations me pousse à passer des heures
sur ce maudit "Vinylmanique.com"...
Un peu de "technique"
Chaîne Hi-fi
J'utilise un gros ampli Yamaha de 100 watts, deux colonnes trois
voies JBL encaissant 180 watts, une platine Thomson de 1972 (qui
est pourtant quasiment neuve) un lecteur de CD Philips, le tout
sur un meuble à roulettes qui me permet de déplacer l'ensemble
pour le brancher sur mon Macintosh lorsque je réalise des CD audio.
J'utilise le logiciel Toast 5 Titanium qui me permet une fois
branché sur ma chaîne d'enregistrer des vinyles sur CD et surtout
de retoucher le son (craquements). Je réalise mes compils personnelles avec leur
pochette, le résultat est intéressant mais il faut beaucoup de
temps... J'utilise également un appareil photo numérique pour
réaliser des galeries de pochettes de disques qui vont garnir mon site internet. J'utilise également
Photoshop (correction des défauts de parallaxe, retouche image,
compression pour internet).
Projets
J'envisage l'achat d'un "Denoiser", en fait un élément de sono
d'orchestre qui filtre une partie des craquements (intensité réglable).
Cet appareil, branché sur un ampli, atténue lui les craquements
(environ 1 400 francs). Il faut savoir que tout filtre (gravure
CD ou "Denoiser") dénature l'enregistrement et doit donc être
utilisé modérément.
Une bonne platine vinyl (prix 3 000 francs) n'est pas un gadget car elle à une incidence
très importante sur la qualité du son c'est donc un de mes projets
d'investissement. Ne pas oublier de choisir une platine 33, 45,
et 78 tours qui permet, en utilisant une cellule plus lourde de
lire les 78 tours avec une qualité de son maximum tout en préservant
leur état.
Je dois avoir dans mes archives un message d'un collectioneur
qui a acheté aux USA une machine à nettoyer les disques dont il
m'a envoyé les coordonnées. Lorsque l'on connaît le temps que
l'on passe à nettoyer les vinyles, si cet appareil est efficace,
cela doit être le rêve...
L'achat d'un disque dur externe permet de stocker et sauvegarder
les ultra volumineuux fichiers audio que je suis obligé d'effacer
de mon Mac une fois le CD réalisé pour garder le contrôle de mon
disque dur.
Pourquoi devient-on vinylmaniaque ?
C'est un vaste sujet sur lequel je suis loin d'avoir une réponse
précise. Ma première motivation est la nostalgie : peut-être ai-je l'impression que le temps passe trop vite et
que j'essaie de revenir en arrière ? À mes souhaits de contacter
une association de collectionneurs de disques un de mes " confrères
" me dit : " Il n'y a aucune chance que cela existe, les collectionneurs
sont des gens seuls, individualistes ". Effectivement il me semble
que cette remarque est pleine de bon sens quand j'observe les
vinylmaniaques, moi y compris ! Nous pratiquons un "plaisir solitaire" mais pas solidaire. Je pense que comme toute chose c'est l'excès,
l'obsession qui sont anormaux et illustrent le transfert affectif
qui peut se produire dans ce genre de loisir. L'accumulation peut révéler une sorte de dérèglement mental : heureusement je
me surveille ! C'est sûr, il y a beaucoup d'affectif dans tout
cela. Dans les brocantes si la tête du vendeur "ne me revient
pas" je préfère ne pas acheter, même s'il propose des choses intéressantes,
à l'inverse il m'arrive souvent d'acheter à un marchand particulièrement
pittoresque et sympa même s'il me propose des choses moyennement
intéressantes...
Notre société nous bombarde d'images, de sons, de livres cela
va trop vite pour tout apprécier. Pour preuve cette foule d'artistes
oubliés que je découvre sur une période d'une vingtaine d'année.
Nous vivons une culture "Reader digest" et notre démarche est certainement une réaction contre cet état
de fait. Le fait de ne pas "consommer" du CD comme tout le monde
trahit notre malaise face aux modes éphémères et à la dictature
des médias et certainement une difficulté à gérer le temps qui
passe...
Pour conclure et prendre congé je vais passer aux travaux pratiques
et mettre une galette sur ma platine on ne change pas à 53 ans
!
Le 7 octobre 2002.
Mis à jour le 12 octobre 2004.
(1) Un grand concert eu lieu place de la Nation à Paris, organisé
par Europe I. Toutes les vedettes importantes yéyé de l'époque
y participèrent. Il attira une foule énorme pour l'époque et de
nombreuses violences eurent lieu.
(2) L'Odéon était un vieux cinéma désaffecté de ma ville où les
jeunes pouvaient se réunir. Il était rempli de flippers (que nous
surnommions les "bintz"), d'un baby foot et d'un juke box. Pour
une raison mal définie (probablement la mauvaise et injustifiée
réputation du lieu) je n'y ai quasiment jamais vu la moindre fille...
(3) Voir mes souvenirs sur Mai 68 ["i Monde" numéros 3, 4, 5,
6]
(4) "Cette vie là" chanson de Christophe fut à ma connaissance
le seul cas d'un chanteur yéyé critiquant le service militaire
"(...) adieu monde terrible, tu ne me reverras plus (...)" Au
sujet du service militaire voir mon article dans "i Monde" numéro
2.